Et si on arrêtait de vouloir enchanter nos clients ?
Depuis plus de 30 ans que je travaille dans la relation client, j’ai moi aussi beaucoup parlé d’effet « wow », de dépassement des attentes et, bien sûr, d’enchantement client.
J’ai même probablement expliqué à quelques centaines de participants qu’il fallait chercher ce petit quelque chose qui ferait la différence. Cette attention supplémentaire qui permettrait de surprendre positivement le client et de transformer une expérience banale en expérience mémorable.
Je continue d’ailleurs à penser que c’est une bonne idée.
Mais avec le temps, je me demande si nous n’avons pas parfois voulu aller un peu trop vite. Parce qu’avant d’enchanter nos clients, si nous commencions simplement par répondre à leurs besoins, simplement…
Eviter l’insatisfaction avant de penser enchantement…
Le client ne demande pas toujours la lune
Tous les jours, je vis des situations où j’ai parfois l’impression que les « spécialistes » du marketing et de l’expérience client n’ont jamais dû tester leurs idées sur le terrain, après tant de séances passées à phosphorer en bureau.
Encore ce matin, j’ai voulu récupérer la facture de télécom mobile d’altamedia pour la mettre au paiement. Je me connecte à mon espace client. Je cherche. Je clique. Rien ne se passe. J’arrive enfin sur une page où les factures apparaissent, mais les multiples clics ne provoquent rien. Je décide d’y retourner après l’écriture de cet article, tout en maudissant cet opérateur… Je ne veux pas être enchanté, je veux simplement recevoir ma facture, sans aller sur une plateforme qui dysfonctionne régulièrement et qui me demande un réel effort.
Un exemple plus personnel encore, il a fallu plus de 6 mois pour remplacer le prénom de mon père décédé par celui de ma mère sur les factures télécoms (d’un autre opérateur, en France cette fois). Après que ma mère aie entendu tout et son contraire, je me décide à appeler. S’en suit un dialogue surréaliste.
- Oui mais Monsieur, c’est votre père qui a conclu le contrat.
- Je le sais, et comme ma mère vous l’a dit et vous l’a même confirmé avec le certificat, il est décédé. Je pense que vous pouvez comprendre que c’est difficile de recevoir chaque mois avec une facture au prénom de son époux.
- Dans ce cas particulier, il faudrait résilier le contrat conclu par votre père et en faire un nouveau
- Monsieur, ce n’est pas un cas exceptionnel que je vous explique. Des gens (et certains devant être vos clients) meurent tous les jours
- Vous devenez agressif, je vais transmettre votre dossier au service réclamation qui prendra contact avec vous dans les 48 heures
- Mais Monsieur je ne suis pas agressif (avec un ton qui commençait à monter, je le concède…)
- Bip bip bip
Ce « service réclamation » ne m’a évidemment jamais rappelé, et il a fallu un passage en magasin pour (enfin) résoudre le cas.
Je pourrais multiplier les exemples.
Le technicien qui doit passer « entre 8h et 17h ». Le colis annoncé comme livré qui ne l’est pas. L’entreprise à laquelle on explique son problème par téléphone avant de devoir tout recommencer par email. Le formulaire internet qui refuse de passer à l’étape suivante sans expliquer pourquoi. Ou le fameux « nous vous rappellerons » qui ne sera jamais suivi d’un appel.
Ce sont de petites choses. Mais ce sont justement ces petites choses qui constituent une grande partie de l’expérience client.
Et surtout, leur accumulation finit par créer une véritable frustration.
Avant l’enchantement, il y a les fondamentaux
Nous accompagnons depuis des années des entreprises qui investissent beaucoup dans leur relation client : nouveaux outils, nouveaux canaux, automatisation, intelligence artificielle, mesure de la satisfaction, programmes de fidélisation…
Tout cela a évidemment du sens.
Mais nous constatons aussi régulièrement quelque chose de beaucoup plus basique : les attentes fondamentales du client ne sont pas toujours satisfaites.
Pouvoir joindre quelqu’un lorsque c’est nécessaire.
Obtenir une réponse compréhensible.
Ne pas avoir à raconter trois fois la même histoire.
Sentir que la personne en face a réellement compris la demande.
Savoir ce qui va se passer ensuite.
Et surtout : obtenir ce qui a été promis.
Cela paraît tellement évident qu’on pourrait presque se demander pourquoi l’écrire.
Et pourtant…
Dans les contacts clients que nous analysons, dans les enquêtes que nous réalisons ou simplement dans nos propres vies de consommateurs, nous observons régulièrement des situations dans lesquelles la frustration ne vient pas d’un manque d’enchantement.
Elle vient beaucoup plus simplement d’un besoin de base qui n’a pas été satisfait.
Et le paradoxe est peut-être là : certaines organisations cherchent à créer des expériences extraordinaires alors que leurs clients rencontrent encore des difficultés dans des moments parfaitement ordinaires.
À chaque fois que je reviens de conférences où la Directrice de la société ou de la relation client nous amène dans des « relations sans couture », « Sur mesure », « enchantées », et quand je confronte ces projets aux verbatims des avis laissés sur différentes plateformes, sur les anecdotes racontées par des proches ou encore plus simplement à mon quotidien, il y a souvent un fossé abyssal…
Faire simple… mais le faire vraiment
Alors faut-il définitivement renoncer à enchanter ses clients ? Bien sûr que non.
Une attention inattendue, un collaborateur qui va un peu plus loin que prévu, une entreprise qui anticipe un besoin ou résout une situation compliquée avec une facilité déconcertante peuvent créer une expérience extrêmement positive.
Mais il y a peut-être un ordre à respecter. Des priorités à respecter
Répondre. Comprendre. Prendre en charge. Résoudre. Tenir ses engagements.
Et ensuite, pourquoi pas, surprendre.
C’est d’ailleurs peut-être l’une des évolutions les plus étonnantes de la relation client : dans certaines situations, faire simplement et parfaitement ce que le client attend devient en soi une excellente expérience.
Un collaborateur me dit qu’il me rappelle mardi et me rappelle effectivement mardi ? Wow !
Mon problème est résolu sans que j’aie besoin de relancer trois fois ?
Wow !
Je passe d’un interlocuteur à un autre et le second sait déjà pourquoi j’appelle ?
Double wow !
Cela prête à sourire. Mais finalement, peut-être pas tant que cela.
Nous parlons beaucoup de technologies, d’IA, d’omnicanalité, de personnalisation ou d’expérience augmentée. Et nous avons raison de nous y intéresser.
Mais à force de vouloir construire la relation client de demain, prenons garde à ne pas oublier celle d’aujourd’hui.
Alors oui, continuons à chercher à surprendre nos clients.
Continuons même, de temps en temps, à les enchanter.
Mais commençons peut-être par être là, répondre à leurs besoins et faire ce que nous leur avons promis.
Ce ne serait déjà pas si mal.

Fabien Arévalo
Fondateur et Directeur d'altamedia
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